
«Je vais perdre mon calme !» dit René derrière le canon.
J’écoutais à la radio Gilles Proulx cet après-midi. Il pestait contre la commémoration de la bataille des plaines d’Abraham qui a eu lieu il y a 250 ans à Québec. Cette bataille qui dura à peine trente minutes, un jeudi 13 septembre 1759, représente pour lui une conquête déloyale de la part de James Wolfe, un mercenaire qui a pillé les fermes le long du Saint-Laurent, et qui a dû sûrement profité d’une quelconque trahison, pour prendre de surprise les troupes françaises.
Et Pierre Falardeau (est-ce surprenant?) compte jouer les trouble-fête, parce qu’il considère qu’on ne doit pas célébrer une défaite. Denis Coderre considère que nous devons vivre avec ce qui a été fait. Qu’importe l’interprétation que l’on peut donner à l’histoire, reste que les Anglais ont gagné.
L’historien Marcel Trudel considère que trois éléments principaux sont la cause de la défaite de la Nouvelle-France : la famine (les récoltes n’avaient pas été abondantes cette année-là, et les navires anglais interceptaient les bateaux), la corruption (l’intendant Cadet s’en mettait plein les poches au détriment du roi, qui d’ailleurs se désintéressait de la colonie) et enfin, les conflits entre le gouverneur Vaudreuil et le général Montcalm (l’un voulait montrer à l’autre que c’était lui le boss, sauf que Vaudreuil n’avait pas la compétence, ni la légitimité pour le faire : Vaudreuil était même allé jusqu’à cacher une lettre du roi, donnant plein pouvoir militaire à Montcalm).
Dans son ouvrage simplement intitulé Wolfe et Montcalm (Éditions de l’homme), Joy Carroll dépeint les deux chefs, qui sont tous les deux morts au combat dans cette célèbre bataille, avec beaucoup de détails et sa recherche est très étoffée. On y apprend que Wolfe était très grand et maigre, qu’il était fiancé, avait autour de 33 ans, qu’il était très malade. On l’a même soigné à l’Hôpital général de Québec, alors qu’on était en pleine guerre. C’est que les médecins sont neutres. J’ai lu la même chose sur Marguerite de Youville (fondatrice des Soeurs Grises) à Montréal, à la même époque.
Montcalm, lui, était plutôt le contraire, pas tellement grand, marié et père de 10 enfants, il était plutôt en bonne santé. En fait, il sera célèbre pour la seule bataille qu’il aura réellement perdue dans toute sa carrière militaire. Il avait 47 ans. Il montait son cheval ce matin-là et s’en retournait vers le fort, quand une balle perdue l’a blessé. Il est mort sur le champ de bataille, ce qui est tout à l’honneur des milliers de soldats, qui ont eu ou qui auront, le courage de se battre pour leurs pays.
L’issue de cette bataille a décidé du sort de tout un continent et façonné l’histoire du Canada et des États-Unis. Malgré une résistance qui tient plus du désespoir et de la témérité, que d’une réelle reprise du territoire par les troupes françaises, la France concède définitivement le Canada à l’Angleterre en 1763, par le traité de Paris.









