De biais au public, un long comptoir avec ses chaises en cuir aux rebords chromés et un écran géant qui surplombe l’ambiance feutrée de ce bar intime. Sur le mur du fond, entourés de néons, des photos de boxeurs, de joueurs de hockey et de base-ball. Dans un coin, un confessionnal qui sert de cabine téléphonique. Une horloge en forme de ballon de soccer, quelques tables rondes, un juke-box, un jeu de dards, un filet de basket-ball et une table de billard complètent le décor.
Roch nettoie des verres pendant que Johnny cuve son vin au comptoir du bar.
On entend une chanson de Clémence Desrochers:
Pour moi le bonheur c’est le sport
La seule affaire que j’aime à mort
Avec une bière dans mon salon *
Voir le sport à la télévision
Arrive Claude, attriquée comme si elle avait été conseillé par un designer sur l’acide. Ce musée des horreurs ambulant se joint à eux, traînant un énorme sac de magasinage.
CLAUDE – Bonjour la compagnie !
ROCH ET JOHNNY- Bonjour!
CLAUDE – Ça va bien Roch ?
ROCH – Je ne peux pas être plus en forme qu’à mon dernier soir de travail.
CLAUDE – (sans émotion) Bien oui! Déjà 25 ans de service.
JOHNNY – (à Claude) C’est pour ça que tu as mis autant de parfum ?
CLAUDE – C’est un parfum qui donne le vertige. Ça s’appelle Folie d’espace !
JOHNNY – Pis qu’est-ce que tu penses pogner avec ça, le clone de E.T.?
CLAUDE – Tu sauras ma corvette des cours à scrap, que je pogne encore !
JOHNNY – Cela m’étonnerait autant que de voir le pape en jarretelles.
CLAUDE – Tu sauras mon Rocky des flatulences, que j’ai ramené un homme chez moi pas plus tard qu’hier !
JOHNNY – Il ne devait pas être dans son état normal.
CLAUDE– Pas tout à fait non ! En fait, y’était tellement pacté que même son haleine aurait pu te saoûler.
JOHNNY – C’est bien ce que je pensais, il l’a fait par charité chrétienne.
CLAUDE – Depuis quand ton receveur joue au bon Samaritain ?
JOHNNY – Micky !!! Attend que je lui parle !
ROCH – (à Claude) T’aurais pas pu garder cela pour toi !
JOHNNY – Depuis quand une femme est-elle capable de garder un secret ?
CLAUDE – Tu sauras mon Rambo des têtes d’eau, que je sais me taire.
JOHNNY – Oui ma Cléopâtre des pit de sable, mais seulement quand tu dors.
CLAUDE – Okay debord, je vous dis pas ce que j’ai dans mon sac.
ROCH – Mais on le sait ce que tu as dans ton sac. T’as pas arrêté de nous demander de quelles couleurs on voulait nos chandails.
Une mouche tombe dans le verre de bière de Johnny, qui ne s’en rend pas compte.
JOHNNY – Ouais, pis c’est quoi que tu as décidé finalement ?
CLAUDE – (un peu choqué) Vous êtes chanceux que je vous aime.
Elle les sort du sac et en place un contre elle.
ROCH – Ça flashe ! Ça fesse dans le dash !
JOHNNY – On peut pas les manquer !
CLAUDE – Rien de mieux que du jaune moutarde avec du vert relish !
JOHNNY – Le jaune moutarde va bien avec la couleur de tes dents.
CLAUDE – Pis le noir charbon va bien avec la mouche qui vient de tomber dans ton verre de bière.
Johnny regarde le verre indigné et le repousse. Roch l’enlève et lui en sert un autre.
CLAUDE – Mike voulait quelque chose qui allait frapper l’attention du spectateur.
ROCH- Pour frapper, ça frappe. Ça frappe plus que l’club.
CLAUDE – Faut ben avouer que Les espadrilles brûlantes ont pas trop usé leurs semelles jusqu’à maintenant.
ROCH – Y marchent pas mal sur le pied d’athlète.
JOHNNY – Patience, on est au début de la saison.
CLAUDE – Comme le royaume des cieux. Le meilleur est à venir. Mais quand ?
JOHNNY – Vous allez voir ! Le moral de la troupe va remonter quand on va avoir notre mascotte.
CLAUDE – Pour ça, Mike m’a dit qu’il nous réservait une surprise !
JOHNNY – Justement, qu’est-ce qu’il fait donc ?
ROCH – Il m’a appelé tantôt. Il m’a dit qu’il allait être un peu en retard. Il est pris dans un embouteillage.
CLAUDE – C’est pourtant pas le genre à Mike de rester pris dans un embouteillage, il prend toujours les voies de service!
JOHNNY – Il doit avoir frapper un nid-de-poule.
ROCH – (sur un ton calme et compréhensif) J’espère qu’il n’a pas fait un accident.
C’est pas les fous en liberté qui manquent.
CLAUDE – Parlant de fou en liberté, as-tu envoyé ton gars consulter un psy ?
JOHNNY – J’ai pas eu le temps de m’en occuper.
CLAUDE – Lui as-tu parlé au moins ?
JOHNNY – Pas à lui.
CLAUDE – Mais à elle, oui, juste de te voir l’air.
JOHNNY – Toujours avec cette voix qui m’a tant fait vibrer, (sur un ton plus sec)elle m’a rappelé que j’étais en retard sur la pension.